Les routes de l'Est : un voyage à vélo et autres pérégrinations

Une "imago mundi" à byciclette

Ichnusa : la bici, il mare e la felicità...

Salut à tous,

A la suite d'une nouvelle pédallade, j'ai le plaisir (même si nos si fidèles lecteurs ont du à présent nous oublié quelques peu...) de vous écrire à nouveau.

J'avais annoncé dans mon dernier post les quelques perspectives cyclistes qui s'offraient à moi à mon retrour dans la Très Petite Suisse. Et c'est avec étonnement que je les aie vues se réaliser - presque malgré moi. Comme si, lorsqu'il s'agissait de voir le monde, c'est toujours la Byciclette qui s'imposait comme une évidence. 

Ainsi durant la mi-février 2010, après avoir passés trois jours à Cagliari avec quelques amis, il nous a fallu se décider sur ce que l'on allait faire sur cette île - un île qui, en ce milieu d'hivers, dort sous les rafales d'un mistral glacé, une île posée sur une mer plus bleue encore d'être gelée... Et je crois que ce sont les lumières de Raphy - qui n'a pourtant pas l'âme d'un sportif - qui en sont venues au fait, et l'idée d'une nouvelle pédallade a eu sur moi l'effet que l'on peut bien immaginé. 

 Après avoir loué des vélos (un petit pincement au coeur, tout de même, en pensant que je ne chevaucherais pas mon fier TAMATA - c'est le nom de mon vélo -, qui traverse une grosse crise de dépression, dans un galetaz lausannois),  un lourd sac sur le dos, on commence notre ballade cycliste dans le plus pur style sportif : c'est à dire avec un voyage en train, entre Cagliari et Iglesias, sur la côte Ouest de l'ìle.  

Et ce fut ensuite un grand moment de bonheur : on roule sur une belle route qui descend doucement vers la mer (vers la grande révélation de la mer !!), vers ce petit triangle bleu qui se dévoile au fond d'une crique, au grés des virages. Puis on arrive à Calasetta, le port ou l'on doit prendre un "traghetto" pour l'île voisine de San Pietro. Le temps du voyage en bateau, le ciel s'est couvert d'une grande barre de nuage noire, et c'est la tempête lorsque l'on arrive sur l'île. Malgré tout, le village de Carloforte, le seul de l'île, a une étrange beauté : ici, l'hivers, tout s'est arrêté. On vit au rallentis, entre deux méchants coups de vent, entre deux "traghetti" qui portent puis reprennent leur lot d'employés des tonneries. Ici, l'hivers, on ne parle pas italien, ni sarde, on parle "tabarkin" - le dialecte d'un peuple génois, qui a migré de Gène aux côtes africaines, puis de là, ils migrèrent encore jusqu'à l'île de San Pietro. En début de soirée, on décide d'aller camper au Capo Sandalo, à 10 km. d'ici. On roule donc dans la nuit, une nuit très douce sur cette petite île que l'on devine à peine... Au Cap, on retrouve la tempête, et il faut monter les tentes, qui ont facheuses tendance à s'envoler. Une fois ceci fait, il n'y a plus qu'à se loger - blotti dans le sac de couchage - au creux du vent, dans les bruits de la mer dont on devine le fracas, non loin de là. .

Et lendemain, il pleut. Mais la mer est belle. Elle est toute grise, et il y a beaucoup de mouettes toutes blanches. Plus haut, il y a le phare, planté au sommet du Cap, qui annonce ironiquement le principal danger du marin : le commencement de la terre. On reprend la route, la même que l'on a parcourue la nuit dernière, et l'on retrouve Carloforte, après une heure de route sous une fine pluie. Retour sur l'ile sarde, et l'on prend la route du Sud, vers Porto Pino où l'on compte y passer la nuit. Quelques complications en chemin, tout de même : on se perd dans un raccourcis à travers des salines, puis l'on ne trouve aucun magazin ouvert pour s'approvisionner en fromage - denrée essentielle à notre survie sur l'île. Mais heureusement, notre instinct nous permet d'affronter bravement ces complications, mais on arrive tard à Porto Pino. On campe sur le sable d'une des plus belles plages de Sardaigne, et ce n'est qu'au petit matin qu'elle se dévoile toute entière : grandes bandes de sables gris sous un ciel chargé, le travail régulier d'une mer en hivers, un vent humide sur les étendues de garrigues. Tout cela manque en été, lorsque le paysage - dans tout ce qu'il a de brutal et de puissant - se voile de monde et de cris. 

Quatrième journée : le vent chasse les nuages, et c'est l'été. La route du Sud nous fait plonger abrutment vers la mer, puis on remonte pour passer un cap, et ainsi de suite toute la journée - avec au fond la mer, où l'on y voit passer le vent en de grandes et rapides taches sombres qui se mêlent aux ombres de quelques nuages tout rond, venus sur les côtes tunisiennes.

Dernier soir de camping au point le plus sud de l'Ile : Capo Spartivento. Je m'en souviens comme d'un moment très heureux (même si la cuisson des pâtes sur mon fidèle réchaud fut lamentable), la tente plantée devant la mer - belle à ne plus pouvoir y détacher le regard. La nuit venue, le rythme du faiseaux du phare scindaient l'horizon - balayant la cime des pins pour se jeter ensuite vers la haute mer. Et comme tout moment très heureux, il n'y a pas grand chose d'autre à dire que le vent, la mer et les faiseaux du phare...    

Et j'oublais : au matin, nous avons la grande joie de trouver la mer pas assez gelée pour nous permettre de nous baigner un bon quart d'heure sans que mort s'en suive. Autant vous dire que dans la clareté de ce matin-là - alors que nous jouions dans les vagues - la mer a lavé tout nos pêchés, de corps et d'esprit, tellement qu'elle était pure et nous heureux de se trouver ici.

Le dernier jour fut sportif - pour Noé et moi en tout cas. Car, puisque nous n'avons pu charger que deux vélo dans le bus pour les quarante derniers km vers Cagliari, il nous fallu pédaler jusqu'à la nuit pour rejoindre Raphy et Vincent qui nous attendaient à Cagliari. Mais ce fut une belle pédallade tout de même : à la nuit tombant, avec les remparts de Cagliari qui se profilent au fond du golf, puis un peu de pluie et du vent, une route chargée et mouillée d'embruns...

Puis ce retour en selle c'est terminé comme le plus beau des voyages : par moult ripailles, et de grandes flaneries le long des arcades de la ville. Et bien sur, par un petit pincement au coeur parce que tout cela est à nouveau fini, et qu'il faut retourner entre quatre mur. Alors on se rassure en se disant que l'esprit, quant à lui, on ne saura jamais le fixer, qu'il suffit d'un peu de vent et de mémoire pour retrouver en soi la Grande Santé.

 Sur ce, à bientot. Je vous retrouvrai prochainement, au détours d'un col....

 

Bien à vous,

Adrien, accompagné cette fois-ci des Trois Braves Amis Noé, Vincent et Raphy.   

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Publié à 23:54, le 6/03/2010, Cagliari
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